Avec ce court métrage, présenté au FIFF 2023 dans sa ville natale, le réalisateur Victor Ridley poursuit cette fois en fiction l’exploration des sujets auxquels il avait déjà été confronté dans son précédent documentaire, Asile. L’abandon, la fuite, les amitiés brisées et les blessures du passé traversent son court métrage. Des violences subies et retranscrites par la performance bluffante d’Aziz Temori, dont l’interprétation porte le film. Avec Elsa Houben à ses côtés, qui incarne Alice, Temori crève l’écran par la tension qu’il imprègne à son rôle, et la représentation vivace et violente des déchirures que son personnage a endurées lors de sa fuite en avant. Une performance servie par la mise en scène précise du cinéaste, mélangeant les nappes de passé pour faire résonner les émotions de ses protagonistes, qu’il filme toujours de près à mi-chemin entre la douceur de l’intimité et la proximité de l’enfermement psychologique. Un accomplissement visuel, et une immersion sonore brutale qui doit beaucoup au travail de Pierre Dozin et à la musique originale de Ruben de Gheselle. Un film de fiction, certes, mais dont la puissance permet de comprendre, ou tout du moins d’appréhender les blessures que peuvent subir celles et ceux qui doivent vivre l’enfer pour espérer ensuite une vie meilleure.
Tu préfères rester seul ? de Victor Ridley
Il est de ces films qui démarrent en un plan, et dont la puissance vous happe. Dans Tu préfères rester seul?, c’est le départ d’Alice, abandonnant derrière elle le jeune Ahmad, qui sonne comme le début d’une spirale infernale entre passé et présent, jusqu’au plus profond des traumatismes de l’exil.