Effectué après des repérages sur les lieux et la rencontre de la population amérindienne un an avant le tournage, les deux réalisatrices ont montrées, grâce à la vidéo numérique, les images qu'elles désiraient montrer.
En pré-générique, Sur les braises démarre sur une sorte de pyramide de terre dévastée par l'industrie minière. Plan fixe avec, en voix off, une Indienne qui nous conte l'histoire d'un oiseau (un paujil) dont on découvre dans la gorge trois grammes d'or et un demi millésime. Ces volatiles avalent de l'or. Volatile... l'or vole comme le sable et il ne reste souvent que son reflet...
Le film fait pénétrer ensuite le spectateur dans une famille d'indiens, composée de quatre personnes vivant dans une cabane en bois. Ils s'inscrivent dans un paysage au climat tropical chaud et humide, dans le vaste espace de l'Amazonie péruvienne. Ils vivent sur les berges du Rio Negro, un fleuve qui leur permet de circuler comme marchands ambulants en vendant des sacs de charbon récolté dans les décharges laissées par l'extraction de l'industrie minière.
Sur les braises montre la vie quotidienne et comment remplir la marmite pour subsister dans une pauvreté acceptée parce qu'elle rend libre. Nancy, la mère de César, nous explique qu'elle a travaillé dans la couture, en horaire 8/8, dans la ville de Puccalba, mais qu'elle est revenue chez elle car elle ne se sentait pas plus riche. Retour dans une zone que les « globalisants » appellent sous-développée, arriérée, voire précapitaliste ou qui est en train de se moderniser. Un territoire hors des performances de ceux qui bougent sur toute la planète, d'un avion à l'autre, est une image plutôt réjouissante.
Mary Jimenez et Bénédicte Liénard dévoilent une zone frontière qui résiste au flux planétaire du capitalisme. Dans cet espace du Pérou, on vit avec une population qui n'est pas encore détachée de ses racines. Cet équilibre fragile entre la tradition et la modernité est défendu depuis longtemps par les peuples précolombiens. Pour les Indiens (les Navajos en Arizona), la terre est fertile, on en sort et on y retourne. L'extraction industrielle du sol permet le progrès pour les modernes, mais aussi la cupidité et une spirale de décharges qui finira par envahir la planète.
Le processus de l'industrie minière détruit et jette des déchets ; le contraire de l'agriculture. Celle-ci rend à la terre ce que l'homme en retire. Si l'agriculture est dans la continuité du temps, l'industrie minière est dans la discontinuité. Les minerais purs ne sont obtenus qu'en ôtant les cendres et les scories de la roche. Le nouveau doit tuer l'ancien : l'inverse du processus de l'agriculture. Rester dans le processus agricole consiste, pour certains Indiens libérés des contraintes industrielles, à remettre certains déchets dans le commerce de l'agriculture, un écosystème qui ne pollue pas.
Sur les braises, le film des deux réalisatrices, n'aborde pas l'histoire des Indiens du Pérou ni leurs démêlés actuels avec Lima qui sont loin d'être réglés (1), mais leur présent hic et nunc, leur respiration dans un espace et un temps qui leur est propre, du travail au hamac, en toute liberté. Lorsque Nancy s'endette médicalement auprès d'un magicien-médecin, elle répond qu'elle payera quand elle pourra vendre son charbon, pas de souci (pour faire moderne). Le temps n'est pas nécessairement une performance sportive, c'est une durée détachée de la fièvre des scotchés au surdéveloppement planétaire.
(1) Sur ce sujet voir les nombreuses manifestations des Indiens qui se sont déroulées contre l'octroi de concessions minières aux multinationales. In Le Temps des émeutes d’Alain Bertho et le site http://berthoalain.com/2008/10/31/emeutes-a-tacna-octobre-2008/