Sur le tournage de JAX

À Bruxelles, la série JAX a pris son envol


Dans un avion immobilisé au cœur de Bruxelles s'est tournée la seconde des deux capsules qui composeront le pilote de JAX, un projet de série humoristique. Son héros est une sorte de génie moderne qu’une application appelle lorsque le quotidien déraille. Olivier Legrain, coscénariste et dialoguiste de Dikkenek, en est le créateur, le scénariste et l'interprète principal. Avec Fabrice Couchard, premier assistant-réalisateur de la célèbre comédie belge, il coréalise cet « épisode zéro » de douze à quinze minutes, destiné à convaincre producteurs, diffuseurs et plateformes.

À quelques mètres de l'agitation bruxelloise de la rue Belliard, la rue du Commerce paraît presque assoupie. Une maquilleuse profite d'une cigarette avant de prévenir l'assistante chargée de nous conduire au plateau. Celui-ci occupe le Flylounge, une salle événementielle bruxelloise construite autour d'un véritable morceau d'avion de ligne. Dans cet espace réduit, nous patientons avant de sortir carnet et dictaphone.

Derrière la façade apparaissent les treize mètres du fuselage d'un Airbus A319, prolongés par un simulateur réaliste d'A320 en guise de cockpit. Ancien pilote, Alain Loiseau a fait rapatrier l'appareil en 2019, avant de le démonter et de le reconstruire dans le bâtiment. Il aura fallu trois années de travaux et plus de cent corps de métier pour faire naître cet improbable lieu, qui a depuis accueilli des événements, comme le clip Amour, Haine & Danger d'Angèle ou la série OVNI(s). Et aujourd'hui, il devient donc l'avion de JAX.

À l'extérieur de la cabine, un figurant incarnant le pilote vient d'être victime d'un léger malaise sous l'effet de la chaleur. Pas de quoi désorganiser le tournage. Les prises s'enchaînent, dans le calme. Entre deux réglages, le chef opérateur Yvan Coene ajuste son cadre. Passé notamment par Ennemi public, Largo Winch 3 ou Baraki, cet homme de l'ombre, bien connu du milieu, apporte son expérience au projet. Malgré l'exiguïté, chacun se faufile entre les rangées sans jamais gêner l'autre.

Cette apparente fluidité repose pourtant sur un modèle de production fragile. L'équipe - comédiens compris - participe bénévolement au pilote. Une jeune assistante évoque aussi la difficulté de trouver sa place dans un secteur où les candidats sont nombreux et les productions limitées. Mais tant les professionnels aguerris que les jeunes techniciens investissent ici leur temps dans un projet auquel ils ont simplement choisi de croire.

De Dikkenek à JAX

Olivier Legrain et Fabrice Couchard se connaissent depuis Dikkenek. Le premier a cosigné le scénario et les dialogues du film devenu culte d'Olivier Van Hoofstadt, dont il a aussi dessiné le storyboard. Le second en était le premier assistant-réalisateur. Legrain a poursuivi sa carrière entre écriture, dessin et storyboard. Couchard a multiplié les postes de premier assistant, entre bien d'autres sur Melting Pot Café, Faut pas lui dire, Augure ou Entre la vie et la mort, tout en coréalisant avec Jean-Marc Vervoort les dix épisodes de la série Esprits de famille. Lorsqu'ils se recroisent, une envie revient : retrouver le plaisir de créer ensemble, sans devoir attendre. "On travaillait chacun sur nos projets et on avait envie de faire autre chose que ce qu'on fait d'habitude", résume Olivier Legrain.

Ils imaginent alors des capsules qui détournent les petits travers de notre époque avec un humour irrévérencieux nourri d'une culture belge, mais pensé pour parler bien au-delà de ses frontières. Leur culture commune va de Benny Hill aux Monty Python, des Nuls aux Snuls, sans nostalgie revendiquée. Car il n'est pas question de grande intrigue continue ici, mais de faits de société détournés et un personnage qui prétend régler les problèmes à sa manière.

Le principe est simple : JAX s'incarne littéralement dans ceux qui l'appellent pour prendre leur place quelques minutes. Dans l'avion par exemple, un jeune steward paniqué compte ainsi sur lui pour reprendre le contrôle d'une situation devenue ingérable. Une autre capsule, tournée quelques jours plus tôt dans un parking du Brabant Wallon, complétera cet épisode zéro. "On ne voulait vraiment pas se prendre au sérieux."

L'entretien ressemble d'ailleurs à leur manière de travailler. Olivier Legrain amorce une idée, Fabrice Couchard la prolonge avant même qu'il ait terminé sa phrase, puis le premier rebondit aussitôt. Les plaisanteries fusent, sans jamais faire dérailler les réponses. La même mécanique se retrouve aussitôt sur le plateau : Olivier Legrain passe du jeu à la réalisation, tandis que Fabrice Couchard veille à l'ensemble sans éclat de voix. Leur conviction tient en une question simple : pourquoi passer des mois à défendre un dossier quand on peut tourner ? À leurs yeux, les images parlent mieux qu'un dossier. "On préfère dépenser notre énergie à faire le film qu'à faire des dossiers."

Tourner avant de convaincre

Leur démarche inverse donc le développement habituel : au lieu de vendre une promesse, montrer immédiatement un ton, un univers et des personnages. Pour réunir les premiers moyens, les deux hommes ont lancé une campagne participative. Elle a récolté 10 465 euros auprès de 138 contributeurs, dépassant l'objectif fixé à 10 000 euros. "On est arrivé à ce qu'on avait demandé. Ça aurait pu être dix fois plus, ça aurait été dix fois mieux, mais c'est quand même très, très bien", sourit Olivier Legrain.

Après une première collaboration avec une société de production, le duo a finalement choisi de poursuivre de manière indépendante et d'assumer lui-même la fabrication du pilote. Ce qui aurait pu rester un dossier devient ainsi un objet déjà tourné, financé sans chaîne et sans garantie sur la suite. Une liberté grisante, mais aussi une prise de risque très concrète. "On a pris tous les risques et on est assez contents de ça", résument-ils.

Avec un budget limité, chaque dépense compte. Les anciennes papeteries de Genval ont accueilli gratuitement les deux premiers jours de tournage, tandis que la location de l'avion constitue le principal poste de dépenses. Reste désormais à financer la postproduction pour préserver le niveau d'exigence jusqu'au bout. "On a trouvé une super équipe, avec des gens qui travaillent par amour du cinéma."

Certains collaborateurs connaissent déjà le duo, tandis que d'autres ont adhéré à son énergie. Sur le plateau en tout cas, chacun semble anticiper le geste de l'autre, les réglages se font naturellement et les scènes avancent avec une fluidité qui n'a rien d'un tournage "au rabais". Le manque de moyens ne se lit jamais ici.

Quand l’Airbus réécrit l’histoire

Ce fameux avion n'était même pas prévu. Cette capsule devait se dérouler ailleurs, jusqu'à la découverte de ce Flylounge. Un décor qui s'est révélé assez fort pour entraîner une réécriture complète. "On a découvert le lieu, on a trouvé ça dément et on s'est dit : allez, on réécrit notre histoire pour qu'elle se passe dans un avion", raconte Olivier Legrain. Fabrice Couchard en sourit encore. "C'est quand même la classe de tourner dans un avion, surtout quand il ne décolle pas."

Ce jour-là, un trio de joueurs de padel partage la cabine avec un steward dépassé. Entre deux prises, les trois comédiens répètent encore quelques déplacements. Leur complicité, acquise sur les planches, fait gagner un temps précieux à toute l'équipe. Dans un tournage aussi serré, cette aisance constitue presque un élément de production.

Le casting de l'ensemble réunit visages identifiables et complices de longue date : Sarah Grosjean, ancienne figure du Grand Cactus, Stéphanie Van Vyve, Philippe Grand'Henry, Audrey Devos, ainsi que Jean-Luc Couchard, l'inoubliable Jean-Claude de Dikkenek. Certains ont été sollicités directement, d'autres recrutés après un appel lancé sur les réseaux sociaux. Tous doivent pouvoir entrer vite dans un univers où l'énergie compte autant que la précision. L'Airbus est davantage qu'un arrière-plan. Si son étroitesse impose les déplacements, elle nourrit les situations et devrait donner une identité visuelle à la capsule.

Le pilote ouvre la voie

Lorsque les dernières prises s'achèvent, JAX n'a donc été commandé ni par une chaîne ni par une plateforme. Les deux histoires de cinq à six minutes doivent former un pilote de douze à quinze : une carte de visite destinée à des diffuseurs, des producteurs et des partenaires potentiels. Le résultat sera également diffusé gratuitement sur YouTube et les réseaux sociaux, avant d'être envoyé dans des festivals. Si l'essai convainc, une quinzaine de capsules pourraient suivre. Et ceux qui ont accepté de jouer le jeu cette fois sont appelés à rester de l'aventure.


Si en quittant le Flylounge, l'Airbus reste immobile, JAX, lui, poursuit déjà son voyage. Avant même d'avoir trouvé un espace de diffusion, la série existe désormais en images. Dans une industrie où tant de projets subsistent à l'état de promesse, c'est peut-être déjà une première victoire.