Drame mélancolique sur la solitude des trentenaires dans les grandes villes, Real Faces retrace les parcours de deux solitaires (pas d’amis, et leurs familles ne sont jamais évoquées) aux univers et préoccupations totalement séparés, qui se sont égarés, mais qui ne le comprennent pas encore. Au fil des jours, Julia se rend compte de la vacuité de son métier, surtout lorsqu’elle fait la connaissance de David (Yoann Blanc), un réalisateur de publicités qui la drague et l’engage afin de trouver dans la rue « de vrais visages » pour son prochain spot. Julia, gênée, doit alors soumettre les candidats qu’elle a abordés à un questionnaire qui les met à l’aise et les déconcerte. Mâle égocentrique au ton mielleux, qui cache une tenace haine de soi et rejette ses frustrations d’artiste raté sur ses collaborateurs, David fait de la vie de Julia un enfer. Mais elle le laisse faire. Tout ça pour vendre du parfum !...
Quant à Elliot, il vit dans sa bulle, isolé. Quand il ne cherche pas des spécimens de lichen dans la rue ou dans les parcs, il est enfermé dans un bureau et travaille d’arrache-pied. Une vie studieuse, réglée comme du papier à musique, sans fantaisie, avec des collègues qui ne le remarquent pas ou qui minimisent l’importance de son travail.
La réalisatrice gantoise, qui signe son premier long, décrit une amitié qui met du temps à se construire, qui commence par une indifférence polie pour se muer en intérêt mutuel bien réel. Julia et Elliot sont des amis qui s’épaulent. C’est seulement lorsque la vie professionnelle de la jeune femme se met à empiéter sur leur relation que l’équilibre se brise. Julia propose effectivement à Elliot de passer des essais pour son casting, avec une jeune actrice repérée en rue. Mais les exigences irraisonnables du pubard tyrannique (il veut que ses « modèles » s’embrassent lors des essais) et l’incapacité de Julia à lui tenir tête cassent la belle confiance qui s’était installée entre les amis. Éternellement coincée entre ce qui est juste et ce qui est attendu d’elle, Julia ne trouve pas le courage nécessaire pour s’extirper de cet environnement toxique. On devine aisément qu’une telle situation s’est déjà produite auparavant… Les scènes de casting sauvage s’avèrent particulièrement intéressantes et réussies, captant les gestes maladroits des candidats – certains trop sûrs d’eux, d’autres paralysés devant la caméra - et dévoilent l’envers d’un décor loin d’être rose.
Abordant le thème du combat frustrant entre grandes aspirations d’avenir et réalité quotidienne, Real Faces montre l’intimité de deux adultes à la vie déjà bien entamée, en proie au doute, qui, pour enfin pouvoir avancer et s’offrir une seconde chance, vont devoir apprendre à se respecter eux-mêmes. Mais n’est-il pas déjà trop tard ?... Cette relation platonique est complexe et touchante, décrite sans grands éclats émotionnels, avec subtilité, dans un style quasi documentaire que l’on pourrait croire par moments improvisé.