Pour sa survie, Elza doit dissimuler sa judéité. Sa famille vit en permanence avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, la menace d’une déportation en Allemagne, et sa renommée naissante en tant que star des ondes, à l’heure où elle devrait se faire discrète, met ses proches en danger. En effet, un de ses partenaires de jeu, l’antipathique Fons Belloy (Peter van den Begin), acteur-star des feuilletons radiophoniques et sympathisant nazi, découvre le pot aux roses…
Film d’amour (platonique, faute de temps) sur fond de guerre, le film de Frank Van Passel (Manneken Pis, Het Varken van Madonna) est avant tout une histoire de passions, à commencer par celle d’un jeune prodige un peu autiste, à l’imagination débordante, qui trouve sa raison d’être dans l’étude et la fabrication de sons. Berre est excentrique et pas forcément très aimable. Mais dès qu’il se retrouve aux manettes du studio à créer les bruitages qui égaieront les histoires qu’interpréteront Elza et ses partenaires, il vit enfin. Le récit illustre minutieusement le métier de bruiteur : Berre et son superviseur (excellent Koen De Bouw) trouvent mille astuces pour imiter chaque son que la pièce nécessite, que ce soit la pluie, le tonnerre ou le moteur d’un avion…
Document historique précieux, le film nous fait visiter en long et en large les coulisses et les six studios d’enregistrement du célèbre bâtiment de Flagey, resté plus ou moins inchangé 85 ans plus tard. Il nous montre l’art radiophonique tel qu’il était pratiqué à l’époque : publicités chantées, actualités commentées sur un ton solennel, et surtout, ces pièces radiophoniques, art totalement oublié aujourd’hui, qui vont très brièvement faire la renommée d’Elza, engagée pour interpréter une fiction de Bertolt Brecht, La Vie de Lindbergh. Avec une certaine poésie (jolie scène de danse improvisée par les tourtereaux) et un style visuel désuet (le film regorge de matte paintings dessinés qui créent des paysages urbains de conte de fées), Van Passel évoque également une page sombre de l’histoire de la Belgique, à l’heure où notre ministère de la Justice, particulièrement confus, traquait les réfugiés illégaux et demandait à la population de dénoncer aussi bien les Juifs, les communistes et autres marginaux… que les fascistes et les sympathisants nazis ! La phrase prononcée fièrement par l’odieux Belloy à l’encontre de sa jeune collègue - « Je suis antisémite, vous êtes des parasites » - résonnera particulièrement à cette époque où le spectre de l’antisémitisme revient de plus belle.
À l’heure où la technologie semble nous séparer irrémédiablement (il suffit d’observer les usagers du métro, plongés dans l’écran de leur smartphone, sans contact ou conscience des gens qui les entourent), Radioman rend un hommage sincère et vibrant à une époque où elle était encore fédératrice, magique, où le signal radio était le cœur battant de notre société.