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Imago de Déni Oumar Pitsaev

Déni est le nouveau propriétaire d’un petit lopin de terre dans une vallée isolée en Géorgie, à la frontière de la Tchétchénie dont il est exilé depuis l’enfance. De ce cadeau offert par sa mère naît l’idée de construire une maison qui ressemblerait à la cabane dans les arbres dont il rêvait enfant… Œil d’Or à la 78e cérémonie du Festival de Cannes, Imago nous partage une histoire de famille et d’exil aussi complexe que touchante. Lorsqu’il reçoit ce terrain, Déni se questionne. Est-il prêt à quitter la France où il vit pour s’installer sur cette terre géorgienne, où il n’a pas grandi ? 

Imago fait l'ouverture du festival En Ville! 2026.

 

Petit à petit, la construction de cette maison devient une occasion de parler du passé et de déterrer les histoires familiales notamment avec son père, absent durant son enfance. Déni discute avec ses proches du choix architectural qui tranche avec les autres habitations de cette région. Mais très vite, on s’aperçoit que leur préoccupation principale est de savoir quand Déni va enfin se marier, lui qui a déjà quarante ans et qui rend sa mère si triste en la privant de petits-enfants.
Au milieu de ces grandes montagnes, de ces espaces presque infinis capturés magistralement par Joachim Philippe et Sylvain Verdet, les langues se délient et chacun·e dévoile une partie de son histoire. Les séquelles de la guerre et de l’exil, le poids du patriarcat pour certaines, la liberté de mouvement pour d’autres, la pression familiale constante pour Déni. Comme le dit son père, « c’est ton devoir d’avoir des enfants. Pour qui vis-tu ? Tu dois vivre pour quelqu’un. »
Mais Déni ne semble pas vouloir suivre cette injonction, ce qu’il veut c’est vivre dans une cabane dans les arbres. Et cela, il tente de l’expliquer à son père venu l’aider et lui donner des conseils en architecture. Lors d’une très belle scène d’échange, tout en pudeur entre le père et le fils, au milieu des bois, Déni demande à son papa s’il sait ce qu’est un imago. Il explique alors que l’imago est la dernière étape du développement d’une larve chez certains insectes, le stade final. Il arrive cependant dans la nature qu’une larve ne se développe pas jusqu’à ce stade et reste donc la même, petite comme elle l’a toujours été. Elle s’arrête simplement de grandir. Et quand cela arrive, les petits de cette larve subissent le même sort.
« Est-ce que tu comprends ce que je t’explique ? » demande alors Déni à son papa. « Non », répond simplement celui-ci qui ne semble pas vouloir saisir la métaphore entre cette larve qui ne terminera jamais sa croissance et Déni qui n’aura peut-être jamais d’enfant et ne réalisera sans doute pas les rêves que la famille projette sur lui.
Déni reproche aussi à son père son absence durant son enfance en lui disant : « Avoir un père, c’est avoir des souvenirs. »

Il est difficile de résumer Imago en quelques lignes, car toute la beauté et la subtilité de ce documentaire résident surtout dans les non-dits et la sensibilité des protagonistes. C’est une fresque familiale complexe comme souvent, marquée par la guerre, l’exil, l’absence. Mais c’est aussi une très belle invitation à être soi. Comme le dit si justement Déni, « le courage c’est d’être soi-même et c’est la chose la plus difficile. »
C’est finalement une ode à la liberté. La liberté de réaliser ses rêves d’enfance, la liberté de circuler dans un pays en paix, la liberté d’être en couple ou non, la liberté finalement d’être soi en s’affranchissant du regard et de l’avis des autres, même quand il s’agit de ses parents.