« Du plus loin que je m’en souvienne j’ai toujours voulu des enfants », d’une voix familière, la narratrice nous retrace sa vie. En remontant le fil du temps, elle dévoile les péripéties qui ont sculpté sa vision de la féminité, de la parentalité et façonné les fondations de son identité. Les souvenirs d’enfance, qu’elle nous livre par des archives vidéo, révèlent les influences subtiles de chaque figure féminine de son entourage, dont sa grand-mère qui lui répétait « qu’une femme sans enfant rate sa vie ». A 29 ans, elle apprend qu’elle est atteinte d’une ménopause précoce, synonyme de stérilité. La nouvelle marque un tournant déterminant dans sa vie et dans le récit du documentaire. Cette réalité bouleversante devient le point de départ d’une remise en question de l’identité féminine et la maternité. Cette enquête passe aussi par la relation à son corps : « mon utérus ne sert plus à rien », dit-elle, « à quoi vais-je servir ? », « A quoi renonce-t-on quand on n’a pas d’enfant ? »
Saviez-vous qu’il y a un terme scientifique pour décrire une femme n’ayant jamais accouché ? Les nullipares.
Contrainte de remettre en question les normes qui lui ont été inculquées depuis toute petite, Cécile Voglaire va à la rencontre de femmes n’ayant pas d’enfants. Il y en a des plus jeunes et des plus âgées, certaines ont un parcours relativement similaire à Cécile Voglaire, tandis que d’autres n’ont jamais eu l’intention de fonder une famille : « Je n’ai jamais eu envie d’être maman, je ne le sentais pas dans mes tripes ». En quête d’identité, toutes ces femmes nous exposent leur interprétation de la famille et de la place que la femme y occupe. Cécile Voglaire véhicule les vécus forts et inspirants de ces femmes permettant d’accéder à ce chemin de déconstruction et réappropriation de la féminité.
« Elle était gentille et n’a pas eu d’enfant » dépasse le simple récit autobiographique pour devenir une médiation profonde sur le choc, la douleur et la reconstruction et enfin l’acceptation. En utilisant des archives d’images d’époque, des animations et des entretiens, le documentaire cherche à aller au-delà du simple témoignage en offrant une identité visuelle affirmée. En jonglant avec différentes temporalités, la narratrice, avec son authenticité désarmante, nous amène à la suivre dans son voyage introspectif.
Pauline Borissov