Couverture de l'article Drosera de Maud Carpentier & Boris Tilquin

Drosera de Maud Carpentier & Boris Tilquin

Alice au pays des motos

Découvert dans le cadre de la compétition des courts métrages belges du BIFFF, le Festival International du Film Fantastique de Bruxelles, Drosera s’est rapidement imposé comme l’un des temps forts de la sélection. Récompensé à la fois par le Grand Prix et le Prix du jury jeunesse, le film confirme, s’il en était besoin, la vitalité du cinéma de genre belge.

Fruit d’une coscénarisation et d’une coréalisation de Maud Carpentier et Boris Tilquin, Drosera s’inscrit pleinement dans un sous-genre bien précis du cinéma fantastique, que nous nous garderons bien de révéler ici, tant il participe de l’efficacité du récit.

Maud Carpentier, une scénariste française établie chez nous - qui a co-écrit deux séries, Vital et Ghost Society -, nous avait confié la finalisation de son premier court-métrage, budgétisé à 150 000 euros. Une entreprise forcément intrigante, vu ce montant inhabituel pour un film court de fiction chez nous. Co-réalisé par Boris Tilquin, ex-vice-président de l'Association des scénaristes (ASA), et produit par la société belge Narrativ Nation et française, Jabu Jabu, le récit de Drosera – qui désigne une plante insectivore - évoque celui d'Alice (Mailys Dumon, donc), une adolescente férue de motocross baignant dans un univers (très) masculin. Suite à un événement, elle se verra malgré elle dotée de pouvoirs surnaturels. Des facultés qui pourraient l'aider à surmonter l'épisode qu'elle a vécu? Étant donné le format évidemment, on n'en dira pas davantage.

Verdict ? Bien écrite, bien réalisée et portée avec brio par Dumon (une comédienne belge à suivre), cette œuvre filmée dans les Vosges fait mouche. Aussi bien pour le sujet de société qu'elle aborde, que pour ses effets spéciaux aboutis et rarement vus dans le cinéma belge. Ce qui, bien sûr, explique le coût du film, qui bénéficie de la présence d'autres interprètes de qualité (citons Louka Minnella, vu dans la série Coyotes), et de références derrière la caméra. Comme Nastasja Saerens (à l'image) et Luis Trinques (au son), qui ont œuvré sur la série à succès Zone blanche. Ou encore, le décorateur Luc Noël (la série Les Rivières pourpres) et le cinéaste Stéphane Castang (Vincent doit mourir), consulté ici pour le scénario. Épinglons aussi l'expérimenté Nicolas Gillard (de la société Umedia), coordinateur des importants effets visuels. Un film tourné en écoproduction - pour limiter l'impact sur l'environnement - et symbolisant l'ouverture plus large au cinéma de genre, souhaitée par les instances. Tout en plaisant aux nombreux amateurs d'un cinéma à ne pas toujours mettre devant toutes les paires d'yeux - c'est le cas ici -, il devrait connaître une belle carrière dans les festivals spécialisés du monde entier.

Projeté sur grand écran, le film déploie toute sa puissance immersive. Les réalisateurs installent une atmosphère singulière, portée par un travail particulièrement abouti sur l’image et le son. Entre plans soignés et bande son d’une grande tenue, Drosera témoigne d’une maîtrise formelle indéniable.

Au cœur du dispositif, Maïlys Dumon impressionne dans le rôle d’Alice, jeune championne de motocross confrontée à une adversité grandissante. Elle incarne avec justesse un personnage à la trajectoire tendue et physique.

D’une ambition certaine, Drosera laisse entrevoir un potentiel évident pour un développement en format long.