Cinergie : BREF est un périodique spécialisé dans le court métrage. Il bénéficie d’une édition quasiment luxueuse accompagnée d’un DVD de courts soigneusement sélectionnés en fonction d’une thématique, d’un auteur, avec toujours une grande pertinence qualitative. Comment expliquez-vous votre résistance au déclin ?
Jacques Kermabon : Le Magazine Bref est le seul dans le monde sous cette forme en tout cas. Globalement, les revues cinéma papier sont, en France, dans une situation exceptionnelle parce qu'il n'y a pas d'équivalent dans un autre pays au monde. Fatalement, il n'y a jamais eu autant de revues dans un même pays qui sont mortes depuis. Il en reste encore malgré tout et c'est même étonnant quand on voit l'importance qu'a pris le Net. Mais on sent bien quand même qu'il y a quelque chose à trouver par rapport à l’avenir du papier. Studio a fusionné avec Cinélive. Première est en difficulté. Repérages a vécu une vie intense, mais courte. On sent que cela ne va pas bien du tout du côté de toutes ces revues. Et il n'y pas de raison que BREF soit un miraculé. On est également dans une situation difficile.
Notre avantage est d’être dans une niche, celle du court métrage.
Les abonnements se maintiennent. À peu près… et en même temps, cela ne suffit pas. Il faudrait qu'on parvienne à les augmenter. On a créé un site Internet, mais le gros problème pour des revues de notre taille, c'est que nos ressources tiennent essentiellement à l’apport de la pub et des abonnements. Sur Internet, il n’y a que la gratuité. C'est donc un peu compliqué.
C. : Il y a eu le passage à la version DVD. Moins de parutions mais toutes accompagnées d’un florilège de courts.
J.K. : Au début, on a senti la différence. Néanmoins, on aurait cru à un sursaut plus conséquent. Cela ne l'a pas été. D’un autre côté, le DVD apporte quelque chose et si on le supprimait ce serait pire.
C. : N’y aurait-il pas eu quelque chose à faire du côté de l’e-book quand on s’aperçoit que certaines œuvres uniquement disponibles par ce biais sont tellement plébiscitées qu’elles finissent par être éditées en version papier ?
J.K. : C’est une alternative… C’est surtout complémentaire, je pense. Il y a peut-être une formule qu'on pourrait faire par e-Book et une publication annuelle sous forme papier qui relierait les deux... Mais cela prend du temps, de l'énergie, et nous devons déjà parvenir à nos fins avec le site.
Cette expérience concerne surtout la littérature, je ne sais si quelque chose de similaire existe sous forme de magazine. Ce qui serait bien, c'est d'avoir un e-Book qui permettrait d'avoir des liens vers les films dont on parle. Ou une application...Il y a des choses à creuser.
C. : Est-ce qu’une présence à Clermont-Ferrand influence le nombre d’abonnés ?
J.K. : Je me rends compte qu'ici les gens sont intéressés par les DVD.
Les années précédentes, on avait toujours des offres spéciales et on faisait beaucoup plus d'abonnements parce qu'on offrait un DVD. Je m'en suis rendu compte en étant en contact avec les gens qui passaient.
C. : Quel est ton appréciation de la presse Internet ?
J.K. : Côté revue critique, il y a des choses formidables. Et honnêtement, on est tous pareils, on n'arrête pas de découvrir des choses. On veut aller les revoir et puis souvent on n’a pas le temps. On est saturé d'infos. Je lisais régulièrement les revues quand j'étais étudiant, je les avalais, mais c’est devenu difficile d’absorber tout ce qui m’intéresse. Alors maintenant avec les sites en plus... De temps en temps, j'y vais, mais il y a plein de choses qui m'échappent. À mon grand regret.
En conclusion, nous pouvons ajouter que la publication sur le Net ne répond pas au même modèle économique que l’édition papier. Ni pour l’éditeur, ni pour les auteurs des articles. Ainsi, il faut savoir que la rémunération sur la copie privée provenant du d’Internet reste extrêmement dérisoire en rapport avec celle de l’édition papier. Avec la gratuité liée à ce média, le journaliste risque fort bien de ne plus écrire qu’aux heures creuses d’un autre métier.