La nostalgie, camarade!
On ne présente plus l'asbl Folioscope. Parmi ses nombreuses activités, la plus en vue est l'organisation du Festival du dessin animé et du cinéma d'animation de Bruxelles. Ce Festival, qu'on appelle depuis 2 ans Anima, aura 25 ans ce printemps. Et depuis quelques éditions, Folioscope a l'excellente idée de nous proposer le best of de la programmation de courts métrages de la dernière édition. Un DVD 2005, produit en collaboration avec Cinéart, et qui obéit à un maître mot : du concret! Minimum de bla-bla (pas de livret, peu de bonus, simplement une galerie sympathique d'autoportraits dessinés des réalisateurs, et la bande annonce du festival 2005), mais des films. La crème d'Anima 2005 en douze courts métrages : les deux grands prix de la compétition internationale, l'intégrale du palmarès officiel de la compétition belge, et cinq coups de cœur du festival.
Autant de petites merveilles, qu'on redécouvre avec plaisir. Comme le Voyage sur Mars (Viaje a Marte), de l'argentin Juan Pablo Zaramella, grand prix de la compétition internationale dans la catégorie films pour enfants, et prix du public. Une animation de volumes réalisée avec beaucoup de soin et un étonnant souci du détail qui nous rappelle qu'il ne faut jamais dénigrer ses rêves d'enfant. Ils reviennent toujours nous hanter, d'une manière ou d'une autre. Ou le grand prix de la compétition internationale, La révolution des crabes, du français Arthur de Pins (oui, il a osé le pseudo qui tue). Un dessin animé en noir et blanc et une histoire gentiment délirante sur l'absurdité de la vie et du destin, surtout quand le conformisme s'en mêle.
Côté belge, Cinergie vous a déjà parlé de Max, entre ciel et terre, une production de l'atelier Caméra enfants admis, mention spéciale du jury, et de Flatlife, de Jonas Geirnaert. Ce dernier avait déjà raflé le prix du jury du court métrage du festival de Cannes en 2004, et glanait à Anima, le prix de la SACD et le prix du public (compétition belge). Des récompenses tout à fait méritées. Dans son article sur Clermont-Ferrand, Thierry Zamparutti vous avait également parlé de La Poupée cassée, de Louise-Marie Colon. Le prix de la Communauté française a justement récompensé le travail tout en pudeur et en sensibilité de cette jeune animatrice, collaboratrice de l'atelier caméra enfants admis, sur le handicap et ce qu'il peut signifier pour une fillette dont la petite sœur est "différente". On retrouve également au sommaire du DVD Voer voor kranken de Thijs De Cloedt, prix du gouvernement de la Région de Bruxelles Capitale et dessin animé venu en droite ligne de la KASK de Gand. C'est une vision toute personnelle de la psychiatrie, imprégnée d'un humour féroce, quoiqu'un peu trop scatologique à mon goût. Quant à Food, de Maya Gouby, récompensée par le prix de la SABAM, c'est un dessin animé gorgé d'humour noir sur le thème "Manger ou être mangé". Quoi de plus charmant qu'une vieille dame qui vient au parc nourrir les canards? Mais les innocentes vieilles dames ne sont pas toujours aussi inoffensives qu'on le croit.
Le plus passionnant du DVD réside dans les cinq coups de cœur du Festival. Un excellent choix. Deux productions françaises illustrent l'essor fulgurant de l'école Supinfocom de Valenciennes. Overtime de Oury Atlan, Thibaud Berland et Damien Ferrié impressionne par sa dextérité. Animation fluide, maîtrise parfaite de l'image et des éclairages (quelle qualité de noir et blanc!), une mise en scène dynamique, un contrôle du rythme sans faille, mélange d'humour et de gravité. Même le côté hermétique de l'histoire n'empêche pas l'émotion de passer. Chapeau bas!
Et Workin' Progress, de Gabriel Garcia, Benjamin Fligans, Geordie Vanendaele et Benjamin Flinois ne lui cède quasi rien en qualité. L'ambiance est très différente. Nous sommes dans une animation en images de synthèse (3D) qui constitue un hommage à l'esthétique et à la culture américaine des années 30 à 50. Le graphisme évoque les premiers Looney Tunes ou Tex Avery, l'esprit dynamique évoque le temps où l'on croyait encore que la consommation effrénée et la libre entreprise apporteraient sur terre un bonheur partagé. Les acrobaties dans un building en construction évoquent Harold Lloyd. Les musicals revivent gr â ce à un ballet survolté sur fond de musique frénétique. Et toujours la même maestria technique frôlant la perfection.
L'équipe du festival a également retenu Guard Dog, de Bill Plympton, un habitué. Cet esprit libre, venu d'outre-Atlantique, nous propose dans son style bien à lui, une vision à l'acide de la paranoïa imbécile, agressive et destructrice de l'Amérique de George Bush à travers les aventures d'un chien borné. Il s'est donné pour mission de protéger son maître, mais l'événement le plus anodin devient prétexte à danger imaginaire. Il pourchasse tout autour de lui, et dans sa rage, détruit même le maître qu'il était censé servir. Le tout présenté dans une succession de gags plus hilarants les uns que les autres. Féroce. Et prémonitoire?
Changement d'ambiance avec Seventeen, du néerlandais Hisko Hulsing. C'est une représentation extrêmement sensible et très justement brossée du passage à l'adolescence et des premiers émois amoureux à travers les mésaventures d'un jeune homme idéaliste et naïf qui se trouve confronté à la cruauté et à la brutalité du monde des hommes. Le côté dépressif qui imprègne le film est un reflet fidèle de ce que tous les adolescents peuvent ressentir, mais on regrettera une conception du monde décidément trop noire et misanthropique que rien, malheureusement, ne vient contrebalancer.
Enfin Morir de amor, des allemands Gil Alkabetz et Murat Israeli est une petite merveille d'équilibre entre humour acide et nostalgie délicate qui repose sur une idée de génie : faire raconter l'histoire par deux perroquets enfermés dans une cage. Comme tous les oiseaux parleurs, ceux-ci ont accumulé dans leur vie des souvenirs sonores : sons d'ambiance, bribes de conversations, de chansons... C'est à travers ces bribes que nous découvrons progressivement l'histoire du vieil homme qui les a capturés : une triste histoire d'amour trahi. Un travail d'une rare qualité, dont le plaisir qu'on en retire augmente au fil des visions.
Rien à redire donc sur la qualité d'une sélection que tout amateur aura plaisir à inclure dans sa médiathèque. Pas davantage sur la reproduction de l'image et du son, parfaits. Un seul bémol : qu'on ait pas inclus dans le DVD une partie qui rappellerait le contenu et l'atmosphère du Festival Anima 2005: des photos, voire des petits films d'ambiance, la liste et les bio des invités et pourquoi pas, le catalogue des films programmés, une page de liens Internet, toutes choses qui en aurait fait pour les amateurs, une véritable référence du festival 2005, à archiver précieusement. Pas trop de regret quand m ê me, la collection des films présentés constitue déjà un superbe cadeau à offrir pour les fêtes.
Best of Anima 2 DVD 9, couleur, PAL , Audio stéréo 2.0. V.O. S.t. FR/NL. Durée approx. 100'. Une coproduction Folioscope/Cinéart. Distribution Twin Pics.
Infos supplémentaires et commandes éventuelles sur le site de Folioscope