Beestig Dagje commence donc au petit matin avec nounours qui se lève, pour se terminer au coucher du soleil, quand l'homme se couche. Entre les deux, on aura vu un crocodile se laver les dents (forcément), des cochons sortant en boîte, un tyrannosaure semant la zizanie et un hibou faisant la leçon. Pour la liste complète, voyez le film, ou consultez votre dico Robert des expressions et locutions : c'est que chaque animal se voit donc mis en scène dans ses occupations favorites, aujourd'hui langagières, et appliquées à l'homme. Beestig Dagje se clôt d'ailleurs avec l'être humain, comme réceptacle de toutes ces manies de bestiaires, somme logique de tout ce que le monde animal recèle de pire (se faire traiter de sale porc, de blaireau ou de mufle, bref de 'tous les noms d'animaux possible', n'est jamais sympathique...).
Eric Peeters a donc voulu montrer que les hommes diffèrent peu des animaux. Bravo : les anthropologues l'avaient déjà remarqué bien avant lui, et même bien avant les grammairiens et les gardiens de zoo... La différence, c'est qu'Eric Peeters, lui, est drôle : son "Beestig Dagje" est bien enlevé, et ses dessins marrants (à la Bob de Moor). Mais le meilleur réside sans doute dans ce parti pris de fluidité : chaque animal se transforme ainsi en un autre, jusqu'à l'homme, sans la moindre coupure. Ce qui rejoint, finalement, le propos (tous les animaux sont contenus dans l'homme). Dommage qu'Eric Peeters n'ait pas choisi, pour accompagner ses images, la fameuse chanson de Sttellla partant du même principe ("Annie maudit tous les animaux qui...") : ç'aurait été encore plus jubilatoire... Mais ne boudons pas notre plaisir : ce Jour de bêtes est une véritable fête !
Cyrille Leuridant