Couverture de l'article All the Time d' Amélie Derlon Cordina

All the Time d' Amélie Derlon Cordina

Dans All the Time, Amélie Derlon Cordina nous raconte l’histoire d’un drame dans le centre-ville de Bruxelles aux alentours d’une soirée endiablée où un concert a lieu et les trames personnelles s’enchevêtrent dans des trames à la fois prenantes, attendrissantes, universelles.

All the Time est disponible librement sur Auvio 

Trois personnages principaux féminins sont au centre du récit. Kaat est une chanteuse à la personnalité lunatique et sensible sur le point de se produire sur scène. Profondément bouleversée par la tragédie s’étant produite devant le lieu du concert, elle hésite à tout de même mener le projet à bien avec ses musiciens. Nous comprenons que son vécu se rapproche de ce drame. Les spectateurices découvrent en effet la raison qui se cache derrière le rapport complexe de Kaat avec cette tragédie dans une scène poignante où elle fait état de ses traumas avec un courage et une prestance débordante. La cause de sa personnalité à fleur de peau nous est ainsi dévoilée. La musique de son groupe, onirique, planante et douce, fait office de soundtrack pendant une large partie du film, qui agrémente d’une note d’égarement cette œuvre. Sa voix, presque fragile, devient le fil conducteur émotionnel qui lie les destins.

Ingrid, quant à elle, infirmière maussade et avare de paroles, a un rendez-vous galant avec un homme tentant tant bien que mal de ménager la conversation. Ces échanges sont teintés d’une grande absurdité et d’un tendre sarcasme. Cette façon ironique de dépeindre les premiers tâtonnements amoureux nous rappelle la beauté de l’insécurité et de l’insouciance de ce contexte. Peu à peu, elle dévoile aussi certains traumatismes vécus dans le cadre de sa profession. Tout comme le reste du film, cette scène est quelque part intimidante dans son intensité et dans sa mise en relief avec des problématiques de société plus larges. Nous voyons ici à quel point l’implication des femmes dans les métiers du care peut s’avérer si énergivore pour leur âme. On ressent, derrière le silence d’Ingrid, l’usure émotionnelle propre à celles qui prennent en charge la souffrance d’autrui, parfois jusqu’à l’épuisement invisible.

Raphaëlle, quant à elle, va assister au concert en compagnie de sa petite-amie et de sa fille. Ses vieux démons se révèlent après la rencontre avec d’anciens amis de son ex. Cette confrontation fait ressurgir un passé trouble et une fragilité émotionnelle qui se fissurent, difficiles à dissimuler, comme une plaie jamais totalement refermée.

Cette histoire nous narre la portée universelle de la tragédie qu’est la mort, exacerbée, plus tangible, quand elle se passe en bas de chez nous, dans notre ville, là où seuls la légèreté et l’amusement, souvent de courte durée, devraient être au centre de nos préoccupations. Elle nous raconte aussi des trajectoires féminines esseulées, dont les soubassements portent une marque perçante dans leur caractère ordinaire. Par ailleurs, les personnages apportent chacun·e leur point de vue sur cette tragédie avec détachement et vulnérabilité. La réalisatrice parvient ainsi à rendre palpable ce fragile équilibre entre joie et catastrophe, entre fête et deuil, nous invitant à reconsidérer la place des émotions intimes face aux tragédies publiques.