Les circassiens terminent leur numéro sur le petit port qui accueille l'ouverture du Festival. À l'horizon, l'astre solaire a déjà bien entamé sa plongée dans les flots. Le FIFIG démarre chaque année avec un ciné-concert projeté sur les murs blancs d'une grande maison de pêcheur. Et effectivement, un ciné-concert au crépuscule face à l'océan, ça a de la gueule. Les personnes présentes en 2012 lors du ciné-concert de Tanya Tagaq, chanteuse inuit traditionnelle, sur le Nanouk de Robert Flaherty en frissonnent encore. Exceptionnellement cette année, c'est un documentaire retraçant les précédentes éditions qui est diffusé. L'occasion de rendre un hommage à Jean-Luc Blain, homme de radio et créateur du festival, dont l'ambition était de tisser des liens durables avec les îles invitées et de faire découvrir au public les cultures insulaires.
Une soixantaine de films, majoritairement des longs métrages documentaires, sont présentés dans deux salles notamment au "cinéma des familles", salle art et essai fonctionnant à l'année. Les principales thématiques abordées concernent les questions de l'identité, du territoire et de la protection de la nature. Les îles grecques étant cette année à l'honneur, la "crise" a tout naturellement pointé le bout de son nez. Ainsi Little Land de Nikos Dayandas offre une porte de sortie en s'installant sur l'île d'Ikadia. Le réalisateur suit Théodoris, un Athénien trentenaire qui est parti de la capitale pour changer radicalement de vie. Au-delà des difficultés engendrées par un tel choix, le cinéaste s'intéresse aux îliens, au quotidien à l'antipode du nôtre. Simplicité volontaire, coopération et autonomie sont les maîtres mots des Ikariens qui vivent plus longtemps que -presque- partout ailleurs. Une longévité due à une excellente qualité de vie expliquée par un étonnant chercheur français tout droit sorti d'un des premiers albums de Tintin. Dommage cependant (la faute au format 52' ?) que les différents portraits proposés ne soient pas plus développés.
À retenir et à découvrir surtout, Evaporating Borders de Iva Radivojevic. En 5 chapitres, la réalisatrice développe à Chypre une réflexion sur l'immigration. Immigrée elle-même et originaire d'un état disparu (la Yougoslavie), Iva Radivojevic appartient aux immigrés convenables car blancs et vaguement catholiques. Elle part à la rencontre des indésirables, ceux dont les corps jonchent trop souvent la Méditerranée et les écrans de télévision. Ces basanés -principalement des palestiniens d'Irak- sont littéralement parqués à résidence, subissant un racisme institutionnalisé d'une rare virulence. Au mépris des représentants de l'état censés les aider, s'ajoute la haine quotidienne que leur voue une majorité de chypriotes et la peur d'ELAM, milice fascisante particulièrement active. La cinéaste croate démontre l'inanité de la politique migratoire européenne sur cette île hautement symbolique. Chypre est en effet divisée en deux depuis l'annexion de la partie orientale par les Turcs en 1973 et constitue l'une des principales portes d'entrées des migrants en UE. Très markerien, Evaporating Borders est une première œuvre particulièrement réussie et justement récompensée par le Coup de cœur du jury.
Découvertes cinématographiques, concerts, rencontres, fêtes et baignades sont les principaux ingrédients de ce petit festival convivial au public fidèle. En 2015, le festival construira un pont vers les Philippines et ses 7000 îles, avant une hypothétique édition en Absurdie consacrée aux îles belges.
Palmarès complet :
Île d’Or : Cendres de Mélanie Pavy et Idrissa Guiro
Prix Lucien Kimitete : Ananahi, demain… de Cécile Tessier-Gendreau
Coup de Coeur du Jury : Evaporating Borders d’Iva Radivojevic
Mention Spéciale du Jury : Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit d’Olivier Zuchuat
Prix du Public : Ananahi, demain… de Cécile Tessier-Gendreau
Prix Jury Jeune du meilleur court-métrage de fiction : Vivre de Maharaki
Prix Jury Jeune du meilleur court métrage documentaire :The little palaceof Aoria de Vassilis Panagiotakopoulos
Toutes les informations sur www.filminsulaire.com
Léo Dupont